Pourquoi la peur de grossir fait (souvent) grossir

La peur de grossir est une angoisse pesante et pressante que je retrouve chez la plupart de mes clientes. Ce que je voudrais t’expliquer aujourd’hui, c’est que cette peur a un rôle en apparence utile mais qu’en réalité, cette peur est contre-productive.

 

Dans le schéma traditionnel

Dans le schéma traditionnel des régimes et de la restriction (en opposition à l’alimentation intuitive), le rôle de la peur est de nous alerter sur un potentiel problème et nous inciter à un passage à l’action. Ce passage à l’action, c’est de manger moins et/ou de faire plus de sport. C’est un enchaînement logique, avec lequel nous avons été conditionné depuis très longtemps.

Cette peur de grossir, c’est ainsi déjà une émotion forte qui a un impact physique comme un coup de massue – ressentie au niveau du thorax ou du plexus. Or malheureusement, cette peur va encore augmenter car elle est alimentée par plusieurs choses :
 
  1. Une pensée liée : « je vais grossir, c’est sûr ». Cette pensée, elle est vécue comme une vérité gravée dans le marbre, même si ce n’est qu’une possibilité, une supposition. Cette pensée est ramenée dans l’instant présent, alors que ce n’est qu’une anticipation. Nous rendons ainsi une pensée future vraie et réelle dans le présent, ce qui aggrave notre angoisse.
  2. Ensuite la restriction alimentaire, conséquence dans l’action de la peur de grossir. Nous savons que la restriction crée la compulsion. La compulsion va générer une forte culpabilité. Ainsi, la culpabilité va se rajouter à l’angoisse dans notre panier émotionnel.
  3. Enfin, il va y avoir un enchaînement de pensées de l’ordre du jugement de soi, de l’injonction, voire de la menace : tu n’as pas de volonté, tu ne vas pas y arriver, tu n’es pas comme les autres, tu es défectueuse, etc. Cet enchaînement de pensées va créer de la terreur, de la honte, du dégoût, et encore plus de culpabilité.

 

Les conséquences

 

RESULTAT : À la simple peur de grossir, nous y avons ajouté des émotions et des sentiments lourds et très inconfortables, que nous allons chercher à apaiser avec de la nourriture, et donc risquer de prendre encore plus de poids. C’est pourquoi la peur de grossir est souvent une pensée qui se réalise, dite auto-réalisatrice.

 

Les pistes

Voici ce que j’incite mes patientes à mettre en place pour apprivoiser cette peur de grossir :

  • Étape 1 : RECONNAIS cette peur. Chaque émotion a une traduction physique, alors essaye de localiser dans ton corps cette peur de grossir. Essaye de la quantifier et d’observer son impact.

 

  • Étape 2 : ACCEPTE cette peur. Souvent, nous ignorons, nous fuyons cette peur de grossir. Nous ne voulons pas la voir. Or, pour transformer cette peur de grossir, il est impératif de l’accepter : oui, sur le moment présent, « j’ai peur de grossir ». Le mental peut alors intervenir en disant ce n’est pas vrai, peu importe, l’important et d’accepter que cette peur est en toi.

 

  • Étape 3 : INVESTIGUE cette peur de grossir. À cette étape, il est normal de t’interroger sur les événements du passé qui te conduisent à ressentir de nouveau cette peur. Par exemple si tu as fait beaucoup de régimes par le passé, tu sais que statistiquement 95 % des personnes reprendront du poids voire plus sur le moyen terme. C’est de regarder cette peur avec un regard curieux et de non-jugement en te disant « mais bien sûr que j’ai peur, c’est normal ».

 

  • Étape 4 : TU N’ES PAS TA PEUR. À cette étape c’est de prendre conscience que tu n’es pas ta peur. Ta peur est une émotion et oui une partie de toi a peur. Mais cette peur ne te définit pas, d’autant plus qu’il s’agit d’une probabilité et non d’une réalité. Tu peux te demander à ce stade si cette pensée t’est utile ou non.

 

  • Étape 5 : PRENDS SOIN DE TOI. Enfin, pour apaiser cette peur, tu vas devoir prendre soin de toi en te posant la question de tes vrais besoins et des vraies nourritures dont tu as besoin. Tu vas pouvoir pratiquer l’auto-bienveillance, qui est ce regard chaleureux pour toi-même, comme le regard que tu aurais pour ta meilleure amie qui souffre. Enfin je t’encourage à manger en pleine conscience, pour pratiquer le fait d’être présente à ce que tu fais, à être attentive à tes cinq sens, et à prendre du plaisir sans culpabilité sur ta nourriture.